Le premier trimestre 2026 marque une inflexion dans les comportements de paiement des entreprises françaises. Après deux ans de dégradation continue, le retard moyen recule de 16,48 à 15,33 jours selon l'étude Ellisphere publiée en avril 2026. Mais cette amélioration est-elle vraiment durable ?
C'est la question que les Assises des délais de paiement ont posée lors de leur webinaire du 17 juin 2026, animé par Jérôme Mandrillon, Délégué Général des Assises, avec Mikael Delaporte, Responsable du pôle expérience de paiement chez Ellisphere, et Alenka Premri, Comptable au Groupe Adéquat.
Les échanges ont notamment mis en lumière les fragilités persistantes derrière cette amélioration apparente, soulignant l'importance de la gestion du risque client dans un contexte de hausse attendue des défaillances. Voici les principaux enseignements.
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Stéphanie H. - Chargée de recouvrement
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Les comportements de paiement s'améliorent, mais les fragilités demeurent
L'étude Ellisphere dresse un tableau nuancé. Si le recul du retard moyen est indéniable, il masque des dynamiques très différentes selon la catégorie d'entreprise.
Des disparités sectorielles marquées
Les écarts entre secteurs restent importants. Sur les 12 derniers mois, la construction affiche la meilleure progression (-13,03 %), suivie de l'agriculture (-7 %). À l'inverse, les activités immobilières et la production/distribution d'électricité enregistrent les plus fortes dégradations, avec une hausse de 17 % de leur retard moyen.
Lors du webinaire, Mikael Delaporte a déclaré que :
- Les secteurs du commerce et de l’agriculture font partie des bons élèves, avec respectivement 10,75 jours et 12,03 jours de retard moyen ;
- Les secteurs qui affichent les retards moyens les plus élevés sont la santé et l’action sociale (21,36 jours), ainsi que l’hébergement et restauration (19,95 jours).

Les grandes entreprises montrent des signes d'amélioration
Les grandes entreprises améliorent leurs pratiques. La proportion de factures payées à l'échéance est passée de 24 % à 30 % en un trimestre. Les intervenants ont toutefois souligné qu'il était encore trop tôt pour conclure à une amélioration durable des comportements de paiement.
Malgré une baisse du nombre de factures payées à échéance, les TPE restent les plus vertueuses, avec 64,37 % de factures payées à l'échéance. Deux raisons structurelles expliquent ce résultat :
- un volume de factures à traiter bien plus faible ;
- un rapport de force qui les oblige à régler dans les temps pour continuer à bénéficier des prestations de leurs fournisseurs.
Quant aux PME et ETI, Ellisphere constate qu’il n’y a peu de changement dans leurs habitudes de paiement. Cela dit, les ETI se distinguent par la part la plus élevée de factures payées en retard, qui atteint 76,55 %.

Retards de paiement et défaillances : quels signaux surveiller selon la taille de vos clients ?
Les retards de paiement constituent un signal d'alerte avancé sur la santé de vos clients. Leur lecture varie cependant selon la taille et le profil de l'entreprise concernée.
Un lien de plus en plus fort
Ellisphere anticipe une forte hausse des défaillances d'entreprises d'ici la fin de l'année 2026. Le lien entre retards de paiement et défaillances est confirmé, mais il se lit différemment selon la taille de l'entreprise concernée.
Pour les TPE, le seuil d'alerte est bas : dès qu'un retard ou un incident de paiement apparaît, il peut être déjà trop tard. La réactivité est déterminante.
Pour les grosses PME, ETI et grandes entreprises, un incident isolé ne suffit pas à diagnostiquer une défaillance. C'est la combinaison de plusieurs signaux qui doit alerter : des retards qui s'allongent mois après mois, une proportion croissante de factures payées en retard, et des incidents qui se cumulent. Ces signaux faibles peuvent indiquer qu'une défaillance se prépare depuis plusieurs mois.
Les ETI méritent une attention particulière : selon Ellisphere, près de 70 % de leurs factures sont réglées avec 1 à 30 jours de retard, sans amélioration notable depuis deux ans. Elles absorbent les retards des grands comptes et les transmettent aux PME et TPE, ce qui en fait un point de blocage structurel dans la chaîne de paiement.
Ce que confirme le retour terrain du Groupe Adéquat
Alenka Premri, Comptable au Groupe Adéquat, entreprise de travail temporaire avec 450 agences en France et une présence à l’international, livre un éclairage terrain qui fait écho aux données du fournisseur d’informations financières.
Leurs clients sont majoritairement des PME, qui représentent 90 % de leur “menace de sinistre”, autrement dit, des clients qui ont plus de 60 jours de retard. Le bâtiment concentre à lui seul environ 73 % de cette menace. D’après la comptable, les retards observés s'expliquent par plusieurs facteurs :
- un pouvoir d'achat économique plus contraint ;
- des marchés publics aux délais de paiement de plus en plus longs ;
- une volatilité persistante des prix de l'énergie et des matières premières.
Concernant les grandes entreprises, les retards constatés par Adéquat sont principalement liés à des process internes non respectés : dès qu'un élément administratif pose problème, le règlement est bloqué. Enfin, l'agroalimentaire, la chimie et la logistique concentrent les situations les plus préoccupantes, avec de plus en plus de défaillances d'ETI observées en très peu de temps, constat partagé par Ellisphere.
Facturation électronique et loi Rietmann : deux leviers pour une amélioration durable ?
Au-delà des chiffres du trimestre, deux évolutions réglementaires majeures pourraient modifier en profondeur les comportements de paiement dans les mois à venir. Leur impact reste encore difficile à mesurer, mais les premiers signaux méritent attention.
La proposition de loi Rietmann : un signal positif, mais des angles morts
L'amélioration du comportement des grandes entreprises au T1 2026 coïncide avec l'adoption de la proposition de loi Rietmann par le Sénat en février 2026. Il est tentant d'y voir un lien de causalité, cependant Mikael Delaporte invite à la prudence. Il faudra davantage de recul pour confirmer que cette évolution se maintient dans le temps. L'impact réel sera probablement mesurable en 2027.
Un angle mort majeur demeure : la proposition de loi ne s'applique pas aux marchés publics. Le secteur public, et notamment les hôpitaux publics, reste un mauvais payeur structurel. Si rien n'est fait, la France pourrait s'exposer à des sanctions de la Cour de justice européenne, comme l'Italie, la Grèce et la Belgique en ont fait l'expérience sur ce même sujet.
Facturation électronique : des turbulences à court terme, des bénéfices à moyen terme
Le déploiement de la facturation électronique représente le prochain test majeur pour les comportements de paiement. Les premiers retours d'expérience montrent qu’environ 30 à 50 % des factures sont rejetées à l'émission en raison de bases clients obsolètes. Chaque rejet entraîne une vérification, une correction, une réémission et donc un décalage de la date de perception du cash. Pour les entreprises insuffisamment préparées, l'impact sur le BFR pourrait atteindre 2 à 3 mois d'après Jérôme Mandrillon.
À moyen terme, les bénéfices attendus sont réels :
- meilleure transparence sur les flux de facturation ;
- moins de marge de manœuvre pour les payeurs de mauvaise foi ;
- un outil de ciblage plus efficace pour la DGCCRF, qui pourra distinguer les retards volontaires des difficultés conjoncturelles.
Les retours des pays précurseurs restent toutefois mitigés. L'Italie, qui a généralisé la facturation électronique en 2019, observe une amélioration malgré le poids de la commande publique. La Belgique, en cours de déploiement, connaît encore des rejets fréquents liés aux adressages incorrects. C’est d’ailleurs une situation à laquelle la filiale belge du Groupe Adéquat est confrontée.
Comment anticiper les risques sur votre poste client
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Une fois le connecteur activé, LeanPay synchronise automatiquement le score et l'avis de crédit sur chaque fiche client. Vous disposez ainsi d'une évaluation précise de la solvabilité de vos clients, mise à jour en continu, sans avoir à jongler entre plusieurs outils.
L’intégration de vos données de risque se traduit par trois apports dans le logiciel :
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- Prévisions d'encaissement : calculées à partir des habitudes de paiement réelles de vos clients sur les trois derniers mois, et non sur la seule date d'échéance, pour une visibilité fiable sur votre trésorerie à venir.

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- Le canal de communication : mail, SMS, appel téléphonique, courrier simple ou recommandé ;
- Le délai entre chaque étape et le niveau d'automatisation souhaité : chaque relance peut être configurée en envoi automatique ou en validation manuelle, selon vos critères ;
- Les critères d'attribution : par entité, niveau de risque, zone géographique, langue…
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