Le 16 octobre 2026, l'auditorium de la Banque de France accueillait les Assises nationales des délais de paiement et des financements, organisées par l'AFDCC et la FIGEC. En ouverture, le Gouverneur de la Banque de France, Emmanuel Moulin, a présenté les chiffres 2025 : les délais clients reculent à 41,5 jours de chiffre d'affaires (contre 41,9 jours en 2024), leur plus bas niveau depuis 2007.
« Ces résultats sont encourageants, mais ils ne doivent pas masquer les difficultés qui persistent pour de nombreuses entreprises », a-t-il aussitôt nuancé.
Retards de paiement, facturation électronique, entreprises sous tension : voici ce qu'il faut retenir de cette matinée.
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Stéphanie H. - Chargée de recouvrement
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Des délais en baisse, une réalité de terrain plus contrastée
La matinée s'est ouverte sur les chiffres. La Banque de France, Creditsafe et Ellisphere constatent tous trois une amélioration des comportements de paiement. Les intervenants en ont aussi rappelé les angles morts : des écarts marqués selon la taille des entreprises, des retards extrêmes et des rapports de force qui persistent.
Les chiffres 2025 de la Banque de France
Côté fournisseurs, le délai moyen passe de 50 jours d'achats en 2024 à 49,2 jours en 2025. L'amélioration concerne toutes les catégories d'entreprises, un peu plus nettement les grandes.
Ces dernières restent pourtant les moins bons payeurs : plus d'une grande entreprise sur deux règle encore ses fournisseurs au-delà de 60 jours.
La sphère publique suit la trajectoire inverse. Pénalisé par le vote tardif des lois de finances, l'État paie ses dépenses en 15,9 jours en moyenne, contre 14,1 jours en 2024. Ce délai reste toutefois sous le plafond réglementaire de 30 jours.
Derrière les moyennes, des écarts considérables
Thomas Bonte, Head of Research chez Creditsafe, mesure sur 1,4 million d'entreprises suivies en France un retard médian de 3 jours, mais un retard moyen de 11 jours : quelques retards très longs suffisent à tirer la moyenne vers le haut. Et la part des entreprises qui règlent à l'échéance chute avec leur taille :
- 25 % des microentreprises ;
- 12 % des petites entreprises (de 2 à 10 millions d'euros de chiffre d'affaires) ;
- 4 % seulement des moyennes et grandes entreprises.

Mikaël Delaporte, responsable collecte de données chez Ellisphere, explique pourquoi les chiffres s'améliorent malgré un ressenti très négatif sur le terrain : deux catégories d'entreprises suivent des trajectoires opposées. D'un côté, les entreprises solvables paient mieux depuis un an, en jours de retard comme en part de factures réglées à l'échéance. De l'autre, celles qui ne peuvent plus payer accumulent les retards longs, les contentieux et les impayés.
Tous les retards ne sont toutefois pas comptabilisés.
« Derrière ces chiffres qui s'améliorent, il y a aussi des choses qu'on ne voit pas : des délais cachés », déclare Nicolas End, chef économiste du Medef.
Ces « délais cachés » font référence aux factures d'acheteurs publics qui ne sont pas enregistrées tout de suite dans leur système, pour des raisons plus ou moins fondées, et dont le retard échappe donc aux statistiques.
La fragilité des entreprises qui ne peuvent plus payer se lit aussi dans les défaillances. Selon Ellisphere, 72 000 entreprises ont fait défaillance sur les douze derniers mois, un pic inédit depuis plus de dix ans, et le cap des 80 000 à 85 000 pourrait être atteint en fin d'année.
Les comptes des entreprises le confirment : d'après l'Ordre des experts-comptables, les bilans 2025 affichent un chiffre d'affaires en hausse de 0,9 %, mais un résultat net en baisse de 4,9 %. Autrement dit, les entreprises vendent un peu plus mais gagnent moins, ce qui réduit leur capacité à absorber un retard de paiement.
Pierre Pelouzet, Médiateur des entreprises, fait le même constat d'une polarisation, avec une autre lecture que celle de Mikaël Delaporte. Pour lui, les retards de paiement sont l'indicateur le plus visible de la responsabilité d'une entreprise envers ses fournisseurs. Or, face aux entreprises engagées qui cherchent à gagner encore des jours sur leurs délais de paiement fournisseurs, d'autres reviennent à « la loi du plus fort » et au « chacun pour soi », pas toujours faute de trésorerie, mais parce que ces valeurs reculent.
« C'est la moyenne entre les meilleurs qui deviennent toujours meilleurs et les moins bons qui se dégradent. »
Les saisines de la Médiation des entreprises ont bondi de 40 % au premier semestre, un niveau comparable à celui de 2020.
Des délais souvent subis par les fournisseurs
« Bien souvent, le délai de paiement est aussi un rapport de force », rappelle Sébastien Cordier, président de l'AFDCC.
Il cite le cas d'un plasturgiste qui répond aux appels d'offres de grands industriels de la boisson. Pour que sa réponse soit recevable, il doit cocher une case qui lui impose un délai de paiement de 120 jours, soit le double du plafond légal de 60 jours prévu par le Code de commerce.
Sur certains marchés publics, la situation est plus critique encore. Amir Réza-Tofighi, président des Entrepreneurs, évoque des factures impayées depuis plus d'un an, avec des retards atteignant parfois 600 jours, sans que l'entreprise puisse résilier le contrat.
Le blocage peut aussi intervenir après l'émission de la facture. Isabelle Aprile, présidente de l'Alliance des Services, décrit des demandes d'informations successives qui retardent la validation d'une facture pendant 3 à 5 mois. Des millions d'euros de factures restent parfois bloqués pour une part infime contestée ou en attente de précisions. L'Alliance réclame donc le paiement systématique de la partie non contestée.
Facturation électronique, un démarrage progressif sous surveillance
Six semaines après le lancement de la réforme, Sébastien Rabineau, directeur du projet à la DGFiP, a dressé un premier bilan encourageant : 28 millions de factures échangées pour 92 milliards d'euros, et 220 000 entreprises émettrices, alors que seules les 11 000 ETI et grandes entreprises y sont tenues.
Côté adhésions, l'été a été plus actif que prévu : un peu plus de 3 millions d'entreprises concernées par la réforme ont déjà rejoint une plateforme agréée, pour un objectif de 4 millions. Le taux d'adhésion atteint 96 % chez les grandes entreprises et 90 % chez les ETI et PME, mais un peu moins de 80 % chez les microentreprises.

Sur le terrain, le démarrage est plus heurté. Les intervenants ont relevé plusieurs points de blocage :
- le double envoi de la facture électronique et de sa version PDF, qui engorge les services comptables et expose au double paiement ;
- des données mal placées dans la facture, qui bloquent son traitement automatique ;
- des statuts de traitement trop peu détaillés pour localiser l'origine du rejet.
L'enjeu est immédiat pour votre poste client : les factures émises en septembre sont payables au 30 novembre, et chaque rejet non traité pèse sur votre BFR. En Belgique, l'adaptation a pris au moins trois mois, avec une remontée temporaire des retards de paiement.
À moyen terme, la réforme devrait fournir des données plus fines et moderniser le traitement des factures. Elle ne réglera pas tout pour autant. Face à l'entreprise qui ne paie pas faute de trésorerie, Sébastien Rabineau le reconnaît lui-même :
« La facture électronique, elle ne va rien changer avec ça. »
Denis Le Bossé (Cabinet ARC) observe même déjà de nouveaux prétextes de non-paiement, comme un blocage de la plateforme ou un envoi massif de factures.
Les pratiques des entreprises témoins
Côté acheteurs, trois grandes entreprises ont détaillé comment elles réduisent leurs délais de paiement, avec des enseignements utiles pour vos propres encaissements :
- Schmidt Groupe : labellisé RFAR depuis dix ans, le groupe suit les délais de paiement comme son premier indicateur de résilience. Il s'est fixé un objectif d'un jour gagné par an, explique son directeur achats, Laurent Belloni. Le délai est ainsi passé d'environ 27 jours à la sortie du Covid à 23 jours aujourd'hui, grâce au traitement à la source de chaque écart entre facture et commande ;
- Sodiaal : la première coopérative laitière française comptait près de 45 délais de paiement différents (15 jours, 30 jours fin de mois, 45 jours…), un même fournisseur pouvant en cumuler plusieurs. Sodiaal les a harmonisés pour s'assurer que les engagements contractuels sont correctement paramétrés dans les systèmes, puis a instauré un reporting mensuel par catégorie de fournisseurs. Résultat, selon son directeur achats, Yasser Balawi : des délais aujourd'hui sous contrôle, là où le groupe connaissait auparavant des dépassements et des relations parfois conflictuelles avec ses fournisseurs ;
- Manutan Group : « Plus c'est compliqué, plus ça va générer des retards », prévient Evelyne Mercier, directrice financière du groupe. Manutan ne demande aujourd'hui qu'une seule référence à ses fournisseurs, le numéro de bon de commande, car moins il y a d'informations à fournir, moins le fournisseur risque de se tromper, et moins la comptabilité doit revenir vers lui pour des compléments qui retardent le paiement. Côté encaissement, elle recommande de recueillir les exigences de facturation de chaque client dès la contractualisation, de les partager avec toute la chaîne de la commande au recouvrement, et de remonter à la cause de chaque litige.
Entreprises sous tension, l'anticipation comme mot d'ordre
Dernier temps fort de la matinée, une table ronde a été consacrée à la défaillance des clients et des fournisseurs. Médiation du crédit, avocats, experts-comptables et greffes partagent le même constat : plus une difficulté est identifiée tôt, plus elle a de chances d'être surmontée.
Les dispositifs pour agir tôt
Hassiba Kaabeche, médiatrice du crédit, s'étonne d'un paradoxe : malgré les tensions sur les trésoreries, la Médiation du crédit a atteint en 2025 un point bas, avec un peu plus de 2 000 entreprises qui l'ont saisie, soit autant qu'en 2019. Les saisines ne repartent à la hausse que depuis le dernier trimestre. Or, mobilisée à temps, la médiation obtient une issue favorable dans deux cas sur trois.
Pour éviter les saisines tardives, la médiatrice a signé en février 2026 une charte avec 35 partenaires publics et privés. L'objectif est de passer d'une logique réactive, où la médiation attend d'être sollicitée, à une démarche proactive : les signataires qui repèrent un signal de fragilité s'engagent à alerter l'entreprise et à l'orienter vers le bon interlocuteur.
Les centres d'information sur la prévention des difficultés des entreprises (CIP) offrent un autre recours : un expert-comptable, un avocat et un ancien juge consulaire y reçoivent le dirigeant sans frais et en toute confidentialité, pour lui apporter un conseil adapté à la nature de ses difficultés. Si un client ou un sous-traitant montre des signes de faiblesse, vous pouvez l'y orienter.
Anticiper sur votre propre poste client
Ces dispositifs interviennent une fois la difficulté installée. Le suivi de votre poste client permet de la voir venir plus tôt. Denis Le Bossé plaide d'ailleurs pour une notation généralisée des comportements de paiement : connaître la solvabilité d'un partenaire ne suffit pas, ses habitudes de paiement comptent tout autant. Il voit aussi dans l'intelligence artificielle un levier pour choisir, dossier par dossier, l'action de recouvrement la plus efficace au meilleur coût.
C'est la logique de notre logiciel de recouvrement LeanPay, qui vous permet de :
- Piloter votre DSO et votre balance âgée en temps réel grâce au reporting de recouvrement, avec des prévisions d'encaissement à trois mois et un agent IA qui répond à vos questions sur votre portefeuille ;

- Repérer les clients fragiles : l'IA calcule un score de risque à partir de vos données de paiement et des informations financières de vos partenaires (Creditsafe, Altares, Ellisphere, Coface…). Elle détecte les comportements de paiement inhabituels et vous alerte des événements BODACC qui touchent vos clients ;

- Agir selon le niveau de risque : LeanPay vous suggère les actions adaptées à chaque client (conditions de paiement, scénario de relance, assurance-crédit, démarches contentieuses…) et vous aide à prioriser le travail de vos équipes ;
- Relancer au bon moment, sur le bon canal : l'IA construit vos scénarios de relance à partir de vos consignes, génère des contenus adaptés au profil du client et au niveau de retard, et peut prendre en charge vos appels de relance ;
- Isoler les litiges : une facture en litige est automatiquement exclue de son scénario de relance, puis le réintègre dès sa résolution. L'IA peut aussi repérer un litige directement dans la réponse d'un client.

Grands comptes qui paient tard, transition vers la facture électronique, défaillances au plus haut : sécuriser vos encaissements passe par une vision claire et en temps réel de votre poste client. Découvrez comment LeanPay peut vous aider à réduire votre DSO de 40 % lors d'une démo personnalisée.













