L'Observatoire des délais de paiement a publié le 24 septembre 2026 son rapport annuel 2025. Le constat principal semble encourageant : d'après les données de la Banque de France, les délais de paiement des entreprises françaises ont reculé de 1,5 jour en moyenne en 2024, côté clients comme côté fournisseurs.

Cette moyenne cache pourtant un mouvement inverse. La baisse est portée par les entreprises qui payaient déjà rapidement, tandis que les 10 % d'entreprises aux délais les plus longs ont vu leur situation se dégrader.
Cet article revient sur les principaux enseignements du rapport.
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Stéphanie H. - Chargée de recouvrement
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Des délais interentreprises en baisse, mais un écart qui se creuse entre payeurs
Les meilleurs payeurs progressent, les moins bons stagnent ou reculent : l'Observatoire y voit une tendance de fond, observable dans la plupart des secteurs.
Les grandes entreprises toujours en retrait
Faute de connaître l'échéance de chaque facture, la Banque de France retient une convention : une entreprise est considérée comme payant « sans retard » lorsque son délai moyen reste inférieur à 60 jours, soit le délai maximal que les parties peuvent convenir à compter de l'émission de la facture, selon l'article L. 441-10 du code de commerce.
Selon ce critère, voici la part des entreprises qui réglaient leurs fournisseurs sans retard en 2024 :
- 84 % des microentreprises (+2 points sur un an) ;
- 73 % des PME (+2 points) ;
- 56 % des entreprises de taille intermédiaire (ETI) (+1 point) ;
- 48 % des grandes entreprises (-2 points).

La catégorie des grandes entreprises est la seule en recul, et celle qui affiche la proportion la plus faible. Le rapport l'explique par la hausse des petits retards, avec des délais compris entre 60 et 90 jours.
À l'inverse, ces entreprises sont payées de plus en plus vite : en 2024, leurs clients les ont réglées plus de 3 jours plus rapidement qu'en 2023, alors qu'elles-mêmes allongeaient de 0,8 jour leurs délais fournisseurs. Ces deux mouvements jouent dans le même sens : les sommes que leurs clients leur doivent diminuent, tandis que celles qu'elles doivent à leurs fournisseurs augmentent. Les premières sont désormais presque entièrement couvertes par les secondes. Autrement dit, ce sont leurs fournisseurs qui financent, de fait, les délais qu'elles accordent à leurs clients.
La Banque de France mesure cet équilibre avec le solde commercial. Lorsqu'il est positif, l'entreprise finance ses partenaires commerciaux ; lorsqu'il recule, ce sont eux qui la financent davantage.
Précision importante : les statistiques ne distinguent pas l'origine des fournisseurs. Une partie des paiements des grands groupes concerne des fournisseurs étrangers, qui ne relèvent pas toujours d'une réglementation équivalente à la loi française.
13 milliards d’euros en moins pour les plus petites structures
Le rapport chiffre aussi l'impact de ces écarts sur la trésorerie. Il simule un scénario où aucune facture ne serait réglée au-delà de 60 jours. Dans ce cas, la trésorerie de chaque catégorie aurait évolué ainsi en 2024 :
- +4 Md€ pour les microentreprises ;
- +9 Md€ pour les PME ;
- +4 Md€ pour les ETI ;
- -12 Md€ pour les grandes entreprises.

Au total, les PME et les microentreprises auraient disposé de 13 Md€ supplémentaires. Pour 2023, le même calcul aboutissait à 15 Md€, comme l'indiquait la précédente édition du rapport.
En 2025, des retards encore élevés, côté privé comme public
L'Observatoire complète les données de la Banque de France par celles d'Altares, plus récentes, qui portent sur 2025. Elles mesurent un autre indicateur : le retard de paiement. Celui-ci est calculé en moyenne sur l'ensemble des paiements, y compris ceux réglés à l'heure. Il ne se compare donc pas aux délais présentés dans la section précédente.
Un retard moyen supérieur à sa moyenne de long terme
Après un pic à 14,1 jours au printemps 2025, le retard moyen des entreprises françaises est redescendu à 13,4 jours fin 2025. Il reste au-dessus de sa moyenne de long terme, qui s'établit à 12,2 jours.

La taille de l'entreprise reste déterminante. Fin 2025, les entreprises de 1 000 salariés et plus accusent 20,9 jours de retard en moyenne, contre 12,1 jours pour celles de 10 à 49 salariés. Pour les plus grandes, le retard a progressé de plus de 3 jours en un an : il s'établissait à 17,8 jours fin 2024.
Les écarts sont aussi marqués entre secteurs. Fin 2025, trois d'entre eux dépassent nettement la moyenne nationale :
- information et communication : 19,6 jours ;
- activités financières et d'assurance : 19,4 jours ;
- services aux entreprises : 18,4 jours.

Dans le secteur public, les établissements hospitaliers décrochent
En 2025, les résultats varient fortement selon l'acheteur. Pour les services de l'État, le rapport distingue deux périmètres : la commande publique, c'est-à-dire les achats auprès de fournisseurs, et l'ensemble des dépenses de l'État.
Sur la commande publique, le délai global de paiement recule légèrement, à 16,2 jours (contre 16,4 jours en 2024), et 10,8 % des paiements dépassent 30 jours (contre 11,1 % un an plus tôt).
Toutes dépenses confondues, la tendance est inverse : le délai augmente de 1,8 jour, à 15,9 jours, et la part des paiements au-delà de 30 jours (hors intérêts moratoires) remonte de 9,7 % à 11,8 %. Le ministère de la Justice pèse lourdement sur ces résultats, avec un délai global de 37,9 jours. Sans lui, la part des paiements au-delà de 30 jours tombe à 6,8 % pour la commande publique et à 5,7 % pour l'ensemble des dépenses.

Pour les collectivités locales, en métropole, le délai global de paiement recule de 19,3 jours en 2024 à 18,9 jours en 2025, et 15,0 % des paiements dépassent le plafond de 30 jours (-0,9 point). Le délai augmente avec la taille de la collectivité, allant de 12,3 jours pour les communes de moins de 500 habitants jusqu’à 26,7 jours pour celles de 50 000 à 99 999 habitants.

Les régions (29,1 jours, avec près d'un paiement sur quatre hors délai) et les communautés urbaines (24,2 jours) sont les seules catégories en hausse. Pour les collectivités d’outre-mer, le délai atteint 39,9 jours, au-dessus du plafond.
Concernant les hôpitaux, leur situation se dégrade. En métropole, ce sont les seuls acheteurs publics à dépasser leur plafond en moyenne. Leur délai global de paiement atteint 70,2 jours en 2025, en hausse de 7,9 jours sur un an. Plus d'un paiement sur deux (50,7 %) intervient au-delà des 50 jours réglementaires.
La dégradation touche surtout les établissements hospitaliers de taille intermédiaire. Pour ceux dont les recettes sont comprises entre 70 et 150 M€, 62,3 % des paiements dépassent le plafond. Au niveau national, le délai global atteint 71,3 jours. En outre-mer seul, il s'élève à 130,6 jours.

Les leviers contre les retards de paiement se renforcent
Face à la persistance des retards, l'action publique s'intensifie sur quatre fronts :
- Des contrôles et des amendes en forte hausse. En 2025, la DGCCRF a contrôlé 882 établissements, principalement des grandes entreprises et des ETI. Plus de la moitié présentaient une anomalie (54,2 %, contre 42,3 % en 2024). Les amendes notifiées atteignent 59,1 M€, soit 65 % de plus qu'en 2024. Une partie de cette progression provient de la clôture de procédures engagées les années précédentes. L'industrie manufacturière et le commerce (y compris la réparation automobile) concentrent plus de 60 % du montant.
- La cotation Banque de France, qui intègre le comportement de paiement. Pour rappel, elle évalue la capacité d'une entreprise à honorer ses engagements financiers à un horizon d'un à trois ans. Elle prend désormais en compte les délais de règlement excessifs des entreprises en bonne santé financière, elles-mêmes payées dans les délais. Après un entretien préalable, la cote de l'entreprise concernée baisse d'un cran. Au total, 1 290 entreprises ont vu leur cote dégradée pour ce motif en 2025, contre 251 en 2022.
- La proposition de loi Rietmann, en attente à l'Assemblée nationale. Adopté à l'unanimité par le Sénat le 19 février 2026, le texte porte le plafond des amendes au plus élevé de deux montants : 2 M€ ou 1 % du chiffre d'affaires mondial de l'entreprise. Il allonge aussi de deux à trois ans la période de récidive, et interdit au créancier de renoncer aux pénalités de retard.
- La facturation électronique, considérée comme un véritable levier d'amélioration des délais par l’Observatoire. En transformant la facture en flux de données structuré, la réforme limite les erreurs de saisie et les factures incomplètes, et permet de repérer plus tôt un rejet ou un blocage.
Comment protéger votre trésorerie face aux retards de paiement ?
Le rapport le montre : la moyenne nationale masque des écarts considérables entre payeurs. Votre enjeu est donc d'identifier, dans votre propre portefeuille, les clients qui paient tard, et d'agir avant que leurs retards ne pèsent sur votre trésorerie. Un logiciel de recouvrement comme LeanPay peut vous y aider, notamment grâce à l’intelligence artificielle :
- Repérer les clients qui décrochent. Votre DSO et votre balance âgée donnent la tendance d'ensemble, mais ce sont quelques clients qui la font souvent basculer.
Dans LeanPay, le reporting de recouvrement vous donne une vision de votre poste client en temps réel, et chaque fiche client la complète : elle affiche le retard moyen du client et le situe parmi les bons ou les mauvais payeurs de votre portefeuille. L'IA vous permet ensuite d'anticiper : elle repère tout écart par rapport aux habitudes de paiement d'un client, et ajuste en continu son score de risque client en croisant son historique avec des données externes, comme les procédures collectives publiées au Bodacc.

- Adapter vos relances à chaque profil. Un grand compte habitué aux règlements tardifs n'appelle pas la même relance qu'une PME exceptionnellement en retard. Plutôt que de paramétrer chaque scénario vous-même, vous décrivez à l'IA le plan de relance que vous souhaitez mettre en place (rythme, canal, ton…) pour une typologie de clients. Elle construit le scénario de relance client correspondant, que vous validez avant activation.

- Faciliter le règlement. Une partie des retards tient à de simples frictions : une facture difficile à retrouver, un moyen de paiement peu pratique. Le portail client y répond en offrant à vos clients un espace sécurisé pour consulter leurs factures, les télécharger et les régler en ligne (CB, prélèvement, e-virement).
- Isoler les litiges pour ne pas geler vos encaissements. Comme l'ont relevé les contrôles de la DGCCRF, un simple avoir partiel peut suffire à bloquer le règlement d'une facture entière. Encore faut-il repérer la contestation à temps. Lorsqu'un client répond à une relance, l'IA identifie la nature de sa réponse, promesse de paiement ou contestation, et vous propose le cas échéant de passer la facture en litige. Les relances sur la facture concernée s'interrompent alors, tandis que les autres factures du client continuent de suivre leur cours.
Les sanctions se durcissent et la facturation électronique se généralise, mais aucun de ces leviers ne remplace un suivi rigoureux de vos propres clients. C'est en repérant tôt ceux qui décrochent, et en agissant avant l'échéance, que vous protégez réellement votre trésorerie.
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